Le saut de 20 mètres : Quand la gravité s'est pris une amende par Martin
Certaines personnes calculent la hauteur d'une falaise avec des instruments de précision ou les lois d'Isaac Newton. Martin, lui, se contente de regarder en bas, de serrer son slip de bain et d'expliquer au vide qu'il a 2.5 secondes pour s'écarter de sa route.
Un après-midi ordinaire au sommet du canyon
Ce jour-là, le soleil de juillet tapait fort sur les falaises calcaro-calcaires des Gorges de l'Ardèche. Les canoës de touristes glissaient paisiblement sur l'eau turquoise, rythmés par le clapotis des pagaies et les cris de jeunes campeurs effrayés par des libellules. Rien ne laissait présager qu'un événement d'une ampleur aérodynamique majeure allait ruiner la quiétude du département.
Au sommet du promontoire rocheux, perché à exactement 20,04 mètres au-dessus du niveau de la rivière, se tenait Martin. Pas d'équipement de protection, pas de combinaison en néoprène renforcé, pas de parachute de secours. Uniquement un slip de bain aux motifs de rigueur et une détermination qui aurait pu faire fondre la roche sous ses pieds.
Le vol du faucon (en beaucoup plus lourd)
À 15h42 précises, après avoir ajusté sa position d'un simple mouvement de nuque, Martin s'est élancé. Les témoins oculaires installés sur les barques en contrebas affirment que le temps s'est figé. Un groupe de physiciens du CNRS, en vacances dans la région, a juré avoir aperçu une déformation de l'espace-temps autour de sa silhouette dès qu'il a quitté le rocher.
Pendant sa chute, Martin n'a pas cherché à stabiliser sa trajectoire : c'est l'air ambiant qui s'est structuré autour de lui pour lui offrir un couloir d'aspiration parfait. En position d'ange parfait, les bras déployés face aux falaises vertigineuses, il affichait une sérénité telle qu'un martinet en plein vol s'est arrêté à sa hauteur pour lui demander des conseils de trajectoire.
— Martin, séchant sa barbe quelques secondes après l'impact.
Un impact mesuré à la station météorologique de Montélimar
L'entrée dans l'eau fut un chef-d'œuvre de balistique. Là où un humain ordinaire aurait créé un plat mémorable capable de réveiller tout le canton, Martin a fendu la surface de l'Ardèche avec la précision d'un missile hypersonique. La gerbe d'eau qui en a résulté a grimpé à plus de 15 mètres de haut, arrosant instantanément la terrasse d'un restaurant situé à deux kilomètres de là.
Le choc hydraulique a provoqué une onde de refoulement si puissante que plusieurs canoës ont été gentiment projetés sur la berge, parfaitement garés en créneau. Les poissons du secteur, quant à eux, se sont immédiatement rangés sur deux lignes impeccables pour former une haie d'honneur aquatique.
Une remontée sous les applaudissements de la vallée
Lorsqu'il a refait surface, l'air de rien, en repoussant ses cheveux vers l'arrière d'un geste majestueux, la vallée entière a éclaté en clameurs. Des spectateurs médusés depuis les embarcations de secours n'en croyaient pas leurs yeux. Martin a simplement salué la foule d'un signe de la main, a récupéré sa serviette posée sur un rocher et a déclaré que l'eau était "un peu fraîche, mais idéale pour la circulation".
Depuis cet exploit, le rocher de 20 mètres a été rebaptisé par les locaux "Le Plongeoir de Martin". Il est désormais déconseillé à quiconque d'y monter, sous peine de se faire rappeler par les gardes du parc que seul un homme est capable de négocier un atterrissage pareil sans décaler les plaques tectoniques du Sud de la France.